samedi 11 février 2017

Apitoiement

On a tellement attendu l'amour que, maintenant, l'autre n'est plus qu'une représentation incomplète et inaccessible de soi. Comme nous refusons d'embrasser l'absurde laideur qui rend exquise la réalité furtive, nous choisissons l'idée des êtres, l'idée d'un homme et celle d'une femme. Nous sommes au milieu de ces créatures virtuelles qui nous donnent une idée, que l'on sait pourtant fausse, de ce que l'amour aurait dû être mais n'a jamais été. Il est important de ramener tout cela à quelque chose de mécanique, un modèle qui ignore rugosité et frottements mais permet encore de prédire l'endroit et le moment qui nous feront retomber dans un sommeil mystérieux.
Il y a cette nécessité irrationnelle de dormir dans les bras de l'autre tous les soirs, au détriment de toutes les maximes à suivre pour espérer un bonheur futur. Peut-être que jusqu'ici on avait accumulé beaucoup de bonheur et que, maintenant, on le repartit dans le temps. Peut-être qu'en dépit des maximes, le monde nous appartient tout simplement.
Il y a le cas des êtres qui aiment des êtres aimés et aimants. Elle a un certain mépris pour les poèmes d'amour et les anagrammes. Avec le temps tu comprends qu'elle a un certain mépris pour tout ce qui ne brille pas comme un verre en argent dans une bouche. Elle n'écoute plus les paroles d'amour parce qu'elle en a déjà assez: une boîte rouge plutôt bien pleine.
On est trop jeunes pour posseder un tel regard.
Elle est mère d'une trahison plus fondamentale que la haine, en restant en surface, soi-disant pour éviter de consumer un autre lien d'amour, similaire à celui qui existe maintenant, mais d'une autre etoffe d'un ou deux ans. Vous avez un réel don pour rejoindre tous ceux qui dilapident le concept d'amour, en le rendant passager et contingent à l'obtention d'un diplôme ou d'une bourse.
On est trop jeunes pour être heureux.

jeudi 15 septembre 2016

Inachevé 015: Matière pour rompre la fermentation

Avec le temps, on se rend compte qu'il n'y avait pas de matière. Ou du moins, on perçoit désormais que cette matière était insignifiante, inexistante parce que dénuée de sens. C'est donc une chose dont le signifié subjectif et trouble explique peut être son absence, cette façon qu'a la matière de nous renier. La matière n’apparaît sur aucun document officiel, remplacée qu'elle est par quelques points de suspension. Notre ressenti était illégitime. On se retrouve donc à suspendre ce qui n'existe pas en soi, à le transporter comme un fardeau. Il y a, heureusement, cet ami, cette durée vécue qui nous rappelle toujours l'obsolescence de la matière.

samedi 9 juillet 2016

Inachevé 014: Deuxième Ascèse

Je me nourris de haine, parce que d'où je viens aimer n'est qu'un prétexte à la procréation.

D’où je viens, on commence par labourer la terre, semer la graine, nager et déféquer dans le fleuve. On vit d’abord et on choisit la vie ensuite, par défaut, comme si la direction à suivre allait se dessiner elle même au fil du temps, comme si les mots allaient venir des quatre coins de l'esprit pour former le discours.

Le disparate a toujours été cet état initial, intermédiaire et final, colonne vertébrale d'un cycle où seul le vieillard sait ce qu'il avait à faire de sa vie; seul le mourant sait le métier de vivre, devenir ceci ou cela, ou bien peu de choses.

D'où je viens, on ne choisit pas un travail ni la souffrance qui va avec; ça nous tombe dessus, écrasant tout, ne laissant qu'une petite ouverture à la joie ascétique.


mardi 10 mai 2016

Inachevé 013: Incompris

Ce que l'on dit de toi lorsque tu n'es plus là, c'est pour remplir le vide.


Dix mètres sous terre, c'est un nouvel écosystème. Enterré, mais pourtant si haut dans le ciel.


La seule façon raisonnable de rejoindre mars, c'est de s'enterrer vivant jusqu'au centre de la terre.


La mort d'une anomalie rétabli un peu la paix dans le monde. Il y a ceux qui diront que les silhouettes ne représentent que le faux enraciné dans le cœur du poète.


Que fait le poète à part se plaindre à longueur de journée?


Tu as atteint l'ouverture d'esprit nécessaire pour te contredire à haute voix, mentir et dire la vérité comme les deux facettes d'une même réalité difforme, déformable.


J'ai cru comprendre que, poète, je finirais seul, fou et pauvre.


Toujours faire fermenter cette haine des corps de métier, tous ces diplômes, toutes ces années qu'on a laissé atteindre le degré de putréfaction absolu.

jeudi 5 mai 2016

Inachevé 012: Georges

Ton épitaphe contient ton nom complet écrit en minuscule; celle des morts est d'une majuscule qui remet en cause ta volonté de quitter ce tas d'os et de chair qui se décompose.

Ai toujours voulu savoir l'atome qui te fait triste et vide.

Es un paria où le silence est à bannir, quelques sons d'ustensiles en aluminium qu'on entrechoque, toujours redire pour faire taire le triste souvenir d'un paysage bleu et inondé.

Tu satures le désert avec tes paroles creuses. Tout résonne de la roche à l'homme, le ruisseau t'applaudit. Il n'y a rien de glacial entre ces deux lèvres qui délimitent la savane.

Ai toujours voulu vivre dans une steppe pour relever le visage, redresser ma colonne vertébrale. Au loin, le ciel tombe sur des têtes. Tu retournes peu à peu à la brousse, l'oubli définitif, comme quelques miracles que nul n'aurait vu.

Tu rebrousses chemin vers la lisière qui n'est qu'une illusion d'optique. Ce Georges n'est pas le ruisseau pur qui longerait ton moi poreux et fragile.

jeudi 28 avril 2016

Inachevé 011: Projet pour le village

Si on pouvait recueillir la lumière dans des canaris, le village serait toujours illuminé.

Quand la lumière est là, il faut la recueillir, faire des réserves, remplir les calebasses, les seaux, les bouteilles et les bidons. La famille toute entière s'active. Maman porte les seaux de la chambre à lumière vers la source de lumière, puis de la source de lumière vers la chambre à lumière. Ce va-et-vient durera jusqu'au prochain délestage. Ce dont on est sûr, c'est qu'il n'est jamais loin: c'est l'amant du village.

Souvent, au village, on écrit des mots que l'on ne voit pas. On griffonne dans le noir quelques parcelles de soi. Mais tout cela va changer puisque @Grimardc* a découvert une façon plus économique d'emprisonner la lumière avec un miroir. C'est le résultat des études menées depuis plusieurs années par la poétesse-chercheuse.

Je parlerai de cette significative percée à @chemintournant  pour que le village s'arrime et crée son entrepôt de lumière.



*"Emprisonner la lumière des miroirs pour s'en éclairer quand viendra la nuit", @Grimardc 

mercredi 20 avril 2016

Inachevé 010

Pendant que mon thé infuse.

La route est longue et poussiéreuse.

Avec le temps tu perds ton contenu au profit de l’eau, ce tout-autour, ce dans quoi tu trempes.

Au village, on sait que les Hommes qui brillent ont trempé quelque part, se sont mouillés jusqu’au cou comme pour garder la tête haute. Le ciel leur tombera dessus dit-on lorsqu’il y a pénurie de kamo* et de koko*.


La tasse est lourde, pleine d’espoir et flexible. Elle se veut flexible, rencontre des contraires ou maintien du soi profond que le monde rejette.


*kamo: couscous à base de manioc consommé à l'Est du Cameroun
*koko: sauce locale qui accompagne généralement le kamo.